Et si la gynécologie au masculin existait ?

Gynécologie : Discipline médicale qui a pour objet l’étude de l’appareil génital de la femme.

Voilà la définition que l’on trouve lorsqu’on tape gynécologie sur Ecosia. Celui qui s’occupe de ça pour les hommes, c’est le médecin généraliste. Pas d’examens de routines, pas de palpations de l’urètre. Rien de dit obligatoire, et surtout, rien de préventif.

Si un équivalent de ce qu’est la gynécologie au féminin existait pour les hommes, qu’est-ce que cela changerait d’un point de vue sociétal et dans les relations hommes/femmes ?

J’ai donné la parole à deux hommes de mon entourage pour y répondre.

Témoignage de Benoit,

Aurais-tu aimé lors d’une période de questionnements sur ton appareil génital masculin avoir un interlocuteur spécialisé sur la question ?

Avec le recul je me dis que oui, mais je pense que sur le coup (en pleine adolescence) la pudeur et la gène font que j’aurais jamais osé faire la démarche d’aller poser des questions à quelqu’un sur ce qu’il y a de plus intime, et de plus préoccupant à cette période de la vie. Mais j’ai l’impression qu’un garçon est un peu plus « livré à lui même » qu’une fille sur la découverte et le fonctionnement de son zizi. 

Penses-tu qu’être initié à la problématique de la contraception et du fonctionnement reproductif dès l’adolescence lors d’un échange personnalisé qui y est dédié tout comme le sont les jeunes filles, serait un moyen d’installer une équité dans le rapport aux choix contraceptifs et sexuels d’une vie de couple ?

Oui, clairement. Il y a trop un taboo ou une gène sur tout ce qui est contraception, rapports sexuels, fonctionnement des corps (sans aller jusqu’à un cours de pratique sexuelle à proprement parlé), savoir comment fonctionnent les 2 corps lors d’un rapport, la sensibilité, le besoin de lubrifier, etc… Et pour la contraception aussi, il y a trop de gens qui « n’aiment pas la capote » et qui à priori n’ont pas bien capté les risques. Je pense que globalement on n’est mis au courant un peu frileusement, peut-être sans suffisamment d’informations claires et concrètes. Et en même temps, quand un intervenant vient en 4ème ou en 3ème nous expliquer le sexe, la pilule, ou les règles, on est tous trop gênés pour prendre le truc sérieusement et en profiter pour poser des questions. On a trop peur du regard des autres à ce moment de notre vie, surtout là-dessus. Poser une question serait reconnaître qu’on ne sait pas, et ça ce n’est pas possible… Alors finalement, pour repartir sur la première question, des entretiens privés à notre demande seraient probablement mieux qu’une information massive et impersonnelle, sans, je pense, grand impact au final.

T’es-tu déjà demandé pourquoi les femmes avaient autant d’examens de routines chez le gynécologue ?

Non, mais je me suis toujours dit que l’appareil féminin était plus complexe que l’appareil masculin, et que tout se passant à l’intérieur, il avait besoin d’un suivi plus poussé que pour les hommes, qui pouvons (à priori) nous rendre compte quand quelque chose cloche.

T’es-tu déjà intéressé au déroulé d’un examen gynécologique féminin ?

Pas dans les détails. J’ai entendu comme tout le monde parler de speculum, étriers, frottis… et je sais que ce sont des rendez vous bien relous pour les nanas, parfois humiliants, angoissants, désagréables mais essentiels. Il y a un côté mystérieux, un peu barbare. Mais savoir exactement ce qu’on y fait, ce qu’on vérifie, ce qu’on regarde, je pense que c’est naturellement des choses que les femmes préfèrent garder pour elles, déjà parce que c’est pas forcément une joie de parler de ça au petit-déjeuner, et puis peut être aussi pour garder une certaine magie autour de tout cet appareil, ne pas le réduire dans une conversation à quelque chose de purement anatomique avec ses bactéries, microbes, potentielles infections, etc… De même que si les hommes devaient régulièrement faire examiner leurs pénis, on n’en parlerait pas forcément genre : « Tout va bien chérie, j’ai aucun bouton sur le gland ni grosseur aux testicules »…

En tant que papa, sens-tu que tu as eu des lacunes à comprendre certaines données lors de la grossesse de ta femme ?

Alors certaines lacunes à comprendre, non parce que je posais 1000 questions. En revanche une mauvaise connaissance de base, ça c’est évident. La fécondation et la reproduction on en parle au collège en biologie, et après je n’en ai pas réentendu parler (Bon j’ai fait une filiaire littéraire aussi, alors les sciences je les fuyais ahah…). Mais je me suis rendu compte que je ne connaissais quasiment rien, j’avais peur de « toucher » le bébé pendant un rapport, je ne savais pas exactement où il se placait dans le « ventre », comment il faisait pour respirer puisqu’il passe 9 mois dans un liquide, etc… Les trucs de base, qui peuvent paraitre débiles, mais tout ça c’est tellement complexe et une grossesse est toujours différente d’une femme à l’autre, que je me dis qu’un souci peut arriver n’importe où n’importe quand, donc n’y connaissant rien, je posais toutes les questions qui me venaient même les plus stupides à priori. Et on m’a toujours tout très bien expliqué. Même Laura était quelquefois surprise de mes questions ahaha…

Penses-tu que la science du système reproductif se devrait d’être abordée en profondeurs pour les deux parties responsables d’une conception ?

En « profondeur » oui et non… Comment cela fonctionne, quels sont les éventuels risques, et surtout comment l’homme peut s’impliquer et aider au maximum, oui. Les hommes aujourd’hui ont en grande partie évolué je pense, ils s’impliquent plus, sont de plus en plus curieux pour ne pas être à l’ouest sur toutes ces choses. La sacralisation de la femme et de son fonctionnement s’évanouit un peu, et on ne considère plus les hommes comme de simples géniteurs. Ensuite, et ça n’engage sûrement que moi, il y a des choses qui peuvent ne se dire « qu’entre femmes » (les pertes, éventuelles fuites de différents fluides, etc…) sans pour autant que ça en fasse des choses sales ou honteuses. De même quand pendant une indigestion on ne va pas aller faire le détail de ce qu’il se passe aux toilettes ahaha… Ça vaut pour les femmes aussi, il y a un tas de choses qu’un homme ne partagera pas non plus… Ça fait partie des rapports humains implicites.

Témoignage de Chris,

Aurais-tu aimé lors d’une période de questionnements sur ton appareil génital masculin avoir un interlocuteur spécialisé sur la question ?

Oui, parce que mis à part les sessions d’une après-midi au collège sur la sexualité où on survole grossièrement le sujet en SVT et ce à quoi ça corresponds, on ne nous apprends pas à savoir ce qu’il en retourne et à en prendre pleinement conscience. Pas juste physiquement, de savoir aussi psychologiquement ce que ça implique, de connaitre les différences physiques entre tous les hommes, que ça ne joue en rien sur la masculinité, sur une question de pouvoir, de dominance ou de force. L’appareil est externe, visible, et donc tout le monde pense que c’est évident. Mais ce n’est pas le cas, je pense que c’est plus subtil que ça. Que ce soit dans la gestion de l’instrument mécanique en tant que tel et son appréciation, parce qu’il faut déjà l’apprécier, il y a pleins de gens qui ne l’aiment pas… Qui le trouvent moche, etc… Et d’un point de vue externe on va parfois avoir des réfléxions qui sont blessantes, donc d’arriver à avoir quelqu’un avec qui en parler et qui nous dise que oui, plusieurs formes existent, oui, plusieurs tailles existent, plusieurs couleurs, plusieurs sensations, qu’il n’y a rien de grave, que tout est propre, que tout est correct, et ok. On nous apprends pas à l’apprivoiser, et on a personne ensuite, dans la vie de tous les jours avec qui en parler, si on a un souci, un bouton, une mycose, un écoulement bizarre, tu ne sais pas trop, tu vas voir ton généraliste, mais bon, c’est un généraliste… C’est malaisant aussi parce qu’on est pas habitués à ça. De votre côté je pense que c’est différent, ça peut être malaisan aussi, notamment au début, peut-être d’ailleurs tout le reste de votre vie, mais c’est comme une sorte de bien-être quotidien, vous savez qu’il faut en prendre soin, que c’est important, il y a la vie, et puis c’est caché, je ne vois pas si il y a quelque chose à l’intérieur qui ne va pas. Enfin voilà, nous comme c’est visible, on l’expulse de la discussion. C’est pas simple. J’aurais aimé avoir quelqu’un plus jeune qui m’explique ce que cela implique de pénétrer quelqu’un, et au delà de la sensation physique, ce que ça peut signifier psychologiquement pour moi, pour quelqu’un, comment la personne le vit, comme je le vis, et si ça se passe mal, si l’on me dit il est « trop petit », où il est « trop gros », « jaime pas son odeur », « j’aime pas son goût », qu’est-ce qu’il se passe à ce moment-là… Je pense qu’on en a autant besoin que vous, et que ça éviterait certains abus, et peut-être certaines déficiences psychologiques que l’on peut avoir après face à ca dans la vie. Parce que j’ai l’impression que dans notre société, on ne réduit les hommes qu’à leur sexe. Tout ce qui fait de nous un homme c’est censé être ça. C’est parfois très compliqué, je pense à ceux qui ont par exemple des formes atypiques, ou des déformations. Si on rencontre une femme dont on est le premier, on va avoir une sorte de responsabilité qu’on ne sait pas trop gérer, qu’on ne comprends d’ailleurs sûrement pas vraiment. Tu te remets toujours en question, tu te compares beaucoup, et tu veux en parler à qui ? À ton psy ? Ce n’est pas que psychologique, c’est aussi physique, c’est un besoin d’être rassuré sur l’instrument en soi, comprendre ce que cela signifie d’être « dans la norme », ou « hors-normes »… De quelle façon j’apprends à l’aimer, à m’en servir, comment je l’apprivoise, qu’est-ce qui va faire plaisir à ma partenaire, pourquoi ça ne va pas lui faire plaisir, ou à moi. Les sensations ne sont pas les mêmes. Ça tu l’apprends petit à petit avec des femmes qui prennent le temps de t’expliquer, mais c’est pas leurs rôles. C’est bien dans un couple d’avoir cet échange là, mais ça ne devrait pas être à elles de nous l’apprendre. T’en parles avec tes potes, mais il y a une notion de pudeur ou de fierté, d’orgueil peut-être même. Effectivement, il faudrait en parler avec un interlocuteur dédié à ça, qui n’a pas d’impact sur ta vie quotidienne, que tu ne vas pas recroiser tous les jours, à qui tu peux te confier sans avoir peur des « retombées » éventuelles… En fait avec toutes ces notions que l’on créé du coup, par ignorance quelque part, qu’il faut toujours être « le plus fort », « le plus musclé », « la plus grosse bite », etc… Tu ne t’en sors pas, parce que tu seras toujours plus que quelqu’un et moins qu’un autre, que selon tes partenaires ça fonctionnera ou ne fonctionnera pas, et ça ne veut pas dire que c’est de ta faute. C’est le syndrome des vestiaires, si on te fait une réflexion une fois, c’est fini, ça te poursuis, tu portes ce complexe. Ça peut vite devenir un enfer de « virilité ». Les hommes qui ont des micro-pénis sont ils moins masculins qu’un homme qui a un pénis de 24cm ? Où est le rapport en fait ? C’est comme faire du 90D ou A, ça n’a aucun rapport avec la féminité de la femme. Même dans l’acte sexuel, on réduit le plaisir masculin à une mécanique. C’est une pompe, certes. Donc « j’ai éjaculé, j’ai joui », en fait non, pour ma part, j’ai éjaculé pleins de fois sans jouir. On voit souvent l’éjaculation comme une fin en soi. Mais c’est faux. Le fait d’éjaculer, c’est fait pour procréer, pas pour prendre du plaisir.

Penses-tu qu’être initié à la problématique de la contraception et du fonctionnement reproductif dès l’adolescence lors d’un échange personnalisé qui y est dédié tout comme le sont les jeunes filles serait un moyen d’installer une équité dans le rapport aux choix contraceptifs et sexuels d’une vie de couple ?

C’est clair que si tu ne te renseignes pas, tu ne sais pas ce qui existe, appart le préservatif et la pilule, ainsi que le stérilet qui est devenu plus « commun ». Personnellement j’ai appris qu’il y avait des éponges spermicides, il y a 3 ou 4 ans. Certes, ce n’est pas forcément le plus fiable. Mais rien que le fait de le savoir. J’adorerais qu’il y ai une pilule pour les garçons, je ne dis pas que c’est la solution, parce que ce sont encore des hormones, et je ne dis même pas que je la prendrais, mais le choix n’existe pas. Que tout le monde prenne la pilule, ou que personne ne la prenne, il faut mettre au courant de ce qui existe. C’est un réflexe de donner la pilule aux femmes, alors qu’il en existerait peut-être une pour les hommes, et pourquoi on ne la propose pas aux hommes ? Pourquoi elle et pas moi ? Il n’y a même pas de réponse valable, ça n’a pas de sens. J’ai eu la chance avec ma partenaire de beaucoup en parler, et de faire des recherches pour trouver une solution qui nous convenait à tous les deux. Mais il y a pleins de choses auxquelles on ne réfléchit même pas en tant qu’hommes, car c’est inscrit depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et puisqu’on fait passer tout cela pour la norme, la première question qui te vient quand tu couches avec une fille et que la capote a craqué, c’est « Tu prends la pilule? ». C’est autant la responsabilité de la femme que de l’homme en matière de préservatifs. Ce devrait être la même chose pour la pilule. Ou tout autres formes de contraceptions. Notre seul autre solution en tant que mecs, c’est la stérilisation, un peu radical non ? Il faudrait aussi éduquer sur les formes de contraceptions dites « naturelles », la symptothermie, les indices combinés, etc… Mais tout le monde n’est pas prêt à adopter ces méthodes, on peut les trouver contraignantes. Ce n’est pas donné à tout le monde de s’y intéresser. J’aimerais aussi qu’en tant que mecs on nous apprenne à connaitre le corps féminin, et à comprendre ce qui se joue physiquement. On étudie, la bouche, les dents, les cordes vocales, les mains, pourquoi est-ce qu’on n’étudierait pas l’appareil génital de la même manière ?

T’es-tu déjà demandé pourquoi les femmes avaient autant d’examens de routines chez le gynécologue ?

Alors non, mais j’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de sensibilisation autour du corps de la femme, ses maladies, les complications possibles, etc… ces dernières années. Je me suis toujours dis que c’était comme une visite chez l’ophtalmo, que tu y allais pour vérifier que tout se passe bien pour cet instrument là aussi, car il fait partie de ton corps. Sans comprendre forcément toutes les raisons, ou ce qu’il se passait lors d’une séance.

T’es-tu déjà intéressé au déroulé d’un examen gynécologique féminin ?

Un jour j’ai accompagné ma compagne chez le gynécologue. Et j’ai demandé si je pouvais rester dans la salle, si ça ne dérangeait pas. Ça m’intriguais en effet, de voir comment cela se passe, ou ce que vous viviez à ce moment-là. J’ai trouvé ça assez brutal, et la gynécologue en question était pourtant plutôt douce… je pense que ça peut être très traumatique en fonction de sur qui tu tombes. Un homme ou une femme, parce que ça ne veut rien dire, il y a des abus partout. Mais ça me frustre de ne pas avoir les mêmes sortes d’examens, c’est à dire que si demain j’ai un cancer des testicules, je le découvrirais quand c’est trop tard… Je peux pas aller voir mon ophtalmo de la queue pour vérifier si ma vue a baissé ou pas… Si je vais faire un examen, on va me demander « Vous sentez quelque chose ? Non, et bien revenez quand vous sentirez quelque chose… », j’aimerais bien savoir avant de sentir quelque chose. C’est ma décision et ma liberté de savoir, un médecin n’a pas à penser pour moi. Je ne comprends pas qu’un médecin puissent dire non à ce genre de demandes, et qu’on nous refuse l’accès à ces informations. C’est comme si je faisais un examen, et qu’on m’empêchait d’avoir la réponse avant mes 35 ans : « Ah bah non, avant 35 ans, ça va vous gâcher la vie si vous connaissez la réponse… ». Ce n’est pas quand tu finis en phase terminale du VIH (j’utilise cet exemple pour montrer à quel point c’est choquant) et qu’on te dis « Bah vous êtes en phase terminale, ça fait 50 ans que vous avez contracté la maladie, vous vous attendiez à quoi? » que tu vas leur répondre « Bah j’aurais aimé le savoir il y a 50 ans quand je vous ai demandé… ». C’est débile ce truc. Dépister une maladie qui pourrait rendre stérile avec le temps, ça pourrait sauver des couples, soigner la vision de tout à chacun sur l’envie d’avoir des enfants ou non, l’implication et l’honnêté qui en découle.

Merci à eux pour ces échanges précieux.

Cela me permets d’embrayer sur le sujet gynécologique au féminin, car s’il existe pour nous les femmes, il n’en est pas moins critiquable. Récemment j’ai participé à plusieurs évènements, qui sans le prédire, ont alimentés ma plume pour vous concocter cet article aujourd’hui… Je suis allé voir la pièce « SPÉCULUM », à la Manufacture des Abbesses, qui m’a tenu en haleine pendant 1h. Les trois protagonistes dénoncent les maltraitances gynécologiques en incarnant tous les personnages de leur histoire et en situant des faits. Leur jeu est criant de vérité, drôle souvent, pour mieux faire passer la pilule, et nous ramène face à une horde d’informations que notre bonne conscience préfèrerait ne pas forcément connaitre.

Je vous partage un extrait de la pièce, une satyre d’un rendez-vous gynécologique abusif s’il était au masculin, puisque c’est le sujet d’une partie de cet article :

L’ANDROLOGUE

Vous avez une inflammation de la prostate et une belle grappe d’hémorroïdes, je vais vous prescrire des gélules et une petite crème, vous n’aurez qu’à demander à votre femme de vous l’appliquer. Elle va adorer. Pas de rapport pendant 15 jours. On va se revoir dans six mois, vous prendrez rendez-vous avec mon secrétaire, et d’ici là faites-moi plaisir, vous allez me perdre cette petite bedaine.

Tout comme l’un des témoignages le souligne plus haut. Les méthodes de contraceptions dites « naturelles » sont parfois vues comme contraignantes. Elles demandent du temps d’observation, de la dévotion et une envie d’être au plus proche de son cycle. Je pense que l’on vit dans une époque de dérésponsabilisations. Et sortir de sa zone de confort, pour accorder un temps nécessaire à son corps, ses fluctuations et ce qu’elles induisent en nous est devenu une corvée. Même quand il s’agit de prendre soin de sa santé, et de faire des choix en toute conscience. Je vais être honnête, j’appelle cela de la fainéantise. Je fais le parallèle avec l’écologie, car cela se recoupe, acheter moins d’emballages plastiques, ou amasser moins de déchets au quotidien ne demande qu’un tout petit effort. Mais certains ne sont pas forcément prêts à le faire. Il s’agit de la même chose. C’est pourquoi je pense que si l’on apprenait dès un très jeune âge, aux filles, tout comme aux garçons, ce qu’il en retourne, à une période où le cerveau est en apprentissage constant. Cela ne serait qu’un enseignement de plus, qui leur permettraient ensuite de faire des choix judicieux. Le témoignage de Chris a également fait écho ailleurs, lors de la soirée de cloture WE ARE GINA, le pop-up pour « celles qui en ont », une gynécologue nous a fait un cours de SVT basique sur notre appareil génital féminin, évidemment, elle nous a parlé du clitoris, ce qui n’est pas souvent le cas à l’école, et c’était rafraichissant, mais lorsqu’il est venu le moment de poser des questions sur l’endométriose, mon sang n’a fait qu’un tour. Ma mère est atteinte d’endométriose. Cette maladie est encore totalement méconnue des services de santé. Il est très difficile d’avoir des informations concrètes, et l’on me dit qu’elle peut être génétique. Je demande alors, puisque la question me taraude depuis quelques mois : « Si je viens dans votre cabinet demain pour vous demander de me « dépister », si c’est bien le mot, la maladie de l’endométriose, étant donné que ma mère en est atteinte, même si je n’ai pas de symptômes énormes appart des douleurs de règles assez violentes mais qui s’estompent avec les années, que me diriez-vous? ». On m’a répondu que si je n’avais pas de symptômes, me dépister cette maladie me compliquerait plus la vie qu’autre chose. Et qu’il valait mieux ne pas le faire. Mais voyez-vous, si l’on avait dépisté la maladie de l’endométriose à ma mère avant qu’elle ne découvre qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfants et qu’elle décide donc d’avoir recours à la Procréation Médicale Assistée pour me mettre au monde, peut-être que toute sa démarche aurait été moins douloureuse et plus rapide dès le départ. J’ai trouvé cette réponse odieuse. Et je pense qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour récupérer le pouvoir informatif autour de nos corps.

C’est pourquoi je me forme cette année à la Gyn’Écologie Holistique, avec Rites de femmes et Marie-Pénélope-Pérès. J’ai envie d’aborder la gynécologie d’une nouvelle manière, de lui attribuer plus de douceur et de curiosité. Je suis intimement persuadée que c’est en permettant aux femmes d’apprendre à connaitre leurs corps de manière complète et bienveillante, et en les accompagnant pour les aider à identifier toutes leurs options à travers un suivi individuel respectueux des souhaits et des questionnements de tout à chacune, que la médecine qui entoure le corps des femmes évoluera. Il s’agit évidemment aussi d’une prise de conscience politique, et sociétale, comme on l’a vu plus haut, pour tendre vers une équité des charges et un partage de connaissances équitables. Je n’ai aucun doute sur le fait que les bons gynécologues existent. En revanche, je pense qu’ils sont trop peu nombreux. Je ne veux plus me retrouver confronter à l’ignorance, ou aux jugements. À la retenue d’informations. Aux recherches non concluantes mises sur le marché. Ce temps est révolu. Et j’espère, à mon échelle, participer à l’émergence d’un nouveau monde, et d’un nouveau lien entre les femmes et leur appareil génital.

2 Replies to “Et si la gynécologie au masculin existait ?

  1. Merci pour les témoignages. Et puis Bravo pour ton cheminement… ce domaine est à développer et à transformer dans le fond et la forme! Merci.

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